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On m’avait prévenu, partir à Mayotte, tout seul, c’était potentiellement dangereux. On m’avait mis en garde contre la délinquance, la faune locale (des araignées géantes, des insectes venimeux), l’eau non potable, les chauffards, les maladies tropicales, les requins…

On m’avait surtout raconté n’importe quoi.

Et pourtant, il m’est arrivé bien des (més)aventures là-bas. Mes amis plaisantaient en affirmant que j’allais mourir. Je leur rétorquais que ce n’était pas grave, car je ressusciterai et je reviendrai. À l’heure où j’écris ces lignes, je suis toujours en vie (logique), mais je ne suis toujours pas rentré.

Ce séjour à Mayotte est en fait un déplacement professionnel. Non pas que je sois accueilli en résidence d’écriture sur le 101e département français : c’est mon autre travail, celui qui permet de mettre du beurre dans les épinards (mais qui n’en est pas moins passionnant) qui m’a donné l’occasion d’effectuer ce voyage de deux semaines.

Carte de Mayotte (Rémi Kaupp / CC By-Sa)

Je suis donc parti le vendredi après-midi de Rennes, en train vers Roissy-Charles-de-Gaulle, avec une petite halte à Disneyland (gare de Marne-la-Vallée). À l’aéroport, je prends l’avion pour Dzaoudzi, avion qui décolle à l’heure prévue : 20h25. J’embarque dans le Boeing pour y passer la nuit. Je dors peu : il faut d’abord dîner à bord, et se réveiller à temps pour prendre le petit-déjeuner et être alerte pour l’atterrissage. Sans compter que dormir assis, sans pouvoir allonger ses jambes, ce n’est guère évident.

JOUR 1 : Dzaoudzi

Quitter l'aéroport

Après la nuit passée dans l’avion, j’atterris vers 7h15 à l’aéroport de Pamandzi, sur l’île de Petite-Terre. Europcar n’étant censé ouvrir qu’à 8h30, je ne me presse pas. Lorsque j’ai récupéré ma valise, il est 8h passées. Je me dirige vers les locaux des loueurs de voitures, tout en réalisant que je me trouve désormais dans l’hémisphère sud pour la première fois, dans une région française tellement atypique. Il fait déjà chaud. La porte des bureaux d’Europcar est ouverte. Je peux récupérer ma voiture, bien qu’il n’est pas encore l’heure. On fait le tour du véhicule avec moi, et on me remet l’état des lieux. Une empreinte de ma carte bancaire est réalisée pour prélever une caution de 600 € si jamais un incident survenait.

Comme il n’est que 8h30 et que l’hôtel n’est censé m’accueillir qu’à partir de 13h, je sors le guide que j’avais emprunté à la médiathèque pour retrouver le nom du site que j’avais prévu de visiter en attendant : les plages de Moya. La Dacia Sandero que l’on a mise à ma disposition ne possédant pas de GPS, je sors mes plaques adhésives pour fixer mon téléphone sur l’écran de l’autoradio. Je rentre l’adresse dans Maps.me (l’application qui sert de GPS, sans avoir besoin de réseau, et comme j’ai l’impression de ne pas avoir de réseau pour le moment…) et c’est parti.

En sortant de l’aéroport, je me rends compte de l’état déplorable des routes. Celles-ci sont clairsemées de nids-de-poules et l’accotement n’est pas du tout stable. Voilà en parti pourquoi on ne parvient pas à rouler à plus de 70 km/h ici. Pas besoin de radar, d’ailleurs (il n’y en a pas) : les virages, les ralentisseurs et les trous empêchent les excès de vitesse.

Mon téléphone tombe de son support au premier dos-d’âne. Je poursuis vers l’est en posant mon téléphone sur le siège passager. Celui-ci perd le signal GPS. Puis le retrouve. Le route monte. De plus en plus. Et se rétrécit. Il ne faudrait pas qu’une autre voiture descende. Je me trompe de route, le GPS n’arrivant pas à me suivre (et pourtant, je ne roule pas vite !). J’arrive au bout de la route, qui menait en fait à une grande antenne, dont l’entrée était flanquée d’un panneau aux couleurs de la République française. Demi-tour. Je retrouve le chemin secondaire que j’aurai du emprunter. Je poursuis sur la bonne route. Mais voilà que l’asphalte laisse la place à la terre, et que le plat est remplacé par des bosses. Le chemin est tellement cahoteux que je me demande comment des voitures pourraient l’emprunter et pourquoi donc il n’y avait pas de panneau indiquant qu’il s’agissait d’un chemin piéton. Je rebrousse chemin. Tant pis pour les plages de Moya.

Arrivée à l'hôtel

Je me rends à l’hôtel, situé à Dzaoudzi, sur le “Rocher”, une sorte de presqu’île d’où partent les ferrys (qu’on appelle “barges”) pour Grande-Terre. J’arrive à l’entrée du Rocher, mais des embouteillages m’incitent à me garer pour aller voir ce que se passe à pied. En chemin, j’achète une bouteille d’eau, pensant que l’eau du robinet n’est pas potable ici. J’ai soif et il fait déjà très chaud, bien qu’il ne soit que 9h. Je comprends que le bouchon était causé par la barge. Plusieurs voitures doublent la file d’attente pour poursuivre leur route sur le Rocher. Je continue mon excursion, chargé de mon ordinateur sur le dos, que je ne voulais pas laisser dans ma voiture en plein soleil. J’ai rapidement fait le tour. Au bout de la route se trouve un deuxième quai pour une deuxième barge.

Je fais demi-tour, me pose sur un banc pour boire quelques gorgées et vérifier mon téléphone, qui semble-t-il, a compris que je me trouvais à la Réunion. À un millier de kilomètres près, c’était ça. Il a réussi à changer d’heure tout seul, et, voyant qu’il est 10h30 passées, je retourne à la voiture, puis me gare près de l’hotel. Je me présente, et on consent à me donner les clés de ma chambre. Celle-ci est propre, et aucun insecte n’a l’air de roder à l’intérieur, bien que ni la porte, ni la fenêtre ne sont hermétiques et pourraient tout à fait laisser rentrer les bestioles tant redoutées. Je m’installe, donne des nouvelles à mes proches. Constatant qu’il est presque midi sur mon téléphone, je m’apprête à aller manger. Je suis toutefois dubitatif car mon ordinateur affiche 10h, or je croyais qu’il n’y avait qu’une heure de décalage horaire avec la métropole. Je me rend à la réception et demande l’heure. « C’est à la Réunion qu’il est midi. » me répond-on. Mais bien sûr ! C’est logique puisque mon téléphone croit que je me trouve à la Réunion.

Je mange une heure plus tard, et me rends compte que l’eau du robinet est potable puisque l’on peut demander une “carafe d’eau”. Au retour, je décide de faire une sieste. Je prévois ensuite de piquer une tête dans la piscine de l’hôtel, qui donne sur la mer. Je mets mon réveil à 15h30. Une demi-heure plus tard, j’étais prêt à plonger. Je m’approche de la terrasse, inoccupée, et pose mon sac près d’un transat. Je cherche le soleil des yeux. Celui-ci a disparu derrière l’un des bâtiments de l’hôtel. Il était 16h, et le soleil était déjà en train de se coucher ! Je me souviens alors que c’est l’hiver ici. Voilà qui compromettait mes plans. Je rentre dans ma chambre, déçu.

Ma chambre donne sur la mer, et surtout, sur la barge, qui, toutes les demi-heures, débarque et embarque voitures, motos et piétons, dans un concert de bruits de moteur, parfois de klaxons, de bavardages, voire même de chants. Heureusement que j’ai des bouchons d’oreilles car ce manège ne cesse pas la nuit.

Ce premier jour s’achève, mais ce voyage ne fait que commencer, et j’étais loin de me douter, en m’endormant cette nuit-là, de tout ce qui allait m’arriver ensuite à Mayotte.

Commentaires(2)

    • Dhinouraine BAMS

    • 3 mois ago

    Je suis impatient de lire la suite de votre aventure sur cette îles chère à nos cœurs ! Je suis persuadé que votre aventure sera tout aussi palpitant que les montagnes russes ! Moins de votre Bretagne j’espère que vous allez bien vous amusez !

      • Jérôme Verne

      • 3 mois ago

      Merci Dhinouraine !

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