Toujours choisir le pire : à quel prix ?

Aujourd’hui, je viens de ter­mi­ner une série de fan­ta­sy dif­fu­sée il y a quelques années sur le réseau amé­ri­cain ABC : Legend of the See­ker, d’après les romans de la série L’épée de véri­té, de Ter­ry Good­kind. Tout en étant conscient des nom­breux défauts de cette série, notam­ment le cumul de tous les cli­chés pos­sibles du genre, je n’ai pu m’empêcher en voyant le final de repen­ser à un article de Neil Jomun­si publié il y a quelques jours : Annon­cer le dan­ger, concré­ti­ser le pire, et de me dire que Legend of the See­ker appli­quait à la lettre la règle énon­cée dans l’article.

Dans son article, Neil Jomun­si met­tait le doigt sur une ficelle dra­ma­tique sou­vent uti­li­sée par les scé­na­ristes et autres auteurs de fic­tion. Le pro­cé­dé en ques­tion se com­pose de deux par­ties : 1. annon­cer le dan­ger ; 2. concré­ti­ser le pire. Voi­ci com­ment cela se passe. Tout d’abord, lorsque les per­son­nages risquent d’être confron­tés à un dan­ger ulté­rieur, celui-ci sera annon­cé : le lec­teur sera pré­ve­nu du risque encou­ru par le per­son­nage. Ensuite, plus tard, le dan­ger annon­cé refait sur­face et se concré­tise, de façon à pro­vo­quer les consé­quences les plus ennuyeuses pos­sibles pour les per­son­nages. Et quand on croyait entre­voir une chance de voir le héros s’en sor­tir, voi­là qu’un nou­vel obs­tacle, plus insur­mon­table encore, vient se dres­ser devant lui et sa quête.

Et après ? Com­ment le héros peut-il se sor­tir de toutes ces situa­tions ? Le sort s’acharne sur lui, mais pour­tant, il faut bien qu’il par­vienne à s’en sor­tir (si l’on veut une fin heu­reuse). Et c’est là que le retour de bâton peut faire mal. Il arrive en effet que la solu­tion choi­sie par les scé­na­ristes est soit trop simple, soit trop peu cré­dible. Si je reprends mon exemple (atten­tion spoi­lers — pas­sez au para­graphe sui­vant si vous ne vou­lez pas lire ce qui suit), dans Legend of the See­ker, le héros meurt au der­nier épi­sode. En fait, ce n’est pas la pre­mière fois qu’il meurt, mais le spec­ta­teur s’en moque un petit peu, car dans l’univers de cette série, les morts peuvent tout à fait être res­sus­ci­tés si on leur donne ce qu’on appelle le “souffle de vie” (une cer­taine per­sonne lui fait une sorte de bouche à bouche magique qui lui redonne vie).

Certes, le pro­cé­dé du choix du pire créé un cli­max dans le récit, mais le lec­teur / spec­ta­teur est aus­si­tôt déçu par la réso­lu­tion si celle-ci est trop facile. Dans les uni­vers de fan­ta­sy en par­ti­cu­lier, où la magie peut auto­ri­ser un cer­tain nombre de choses, ce genre de solu­tions trop faciles peut faire perdre son inté­rêt à l’histoire. Par exemple, étant plus jeune, j’avais aban­don­né la lec­ture des Asté­rix quand j’avais com­pris que puisque Obé­lix était tou­jours à ses côtés, Asté­rix sera tou­jours vic­to­rieux face aux Romains et réus­si­ra tou­jours à s’en sor­tir, grâce à a force de son aco­lyte.

Au contraire, si l’on a don­né de grands pou­voirs magiques à un per­son­nage, alors il est cen­sé être capable de s’en ser­vir pour l’aider dans sa quête et fran­chir les obs­tacles qu’il ren­contre. Et pour­tant, par­fois, pour telle ou telle rai­son (plus ou moins cré­dible) voire pour aucune rai­son, le per­son­nage ne peut pas résoudre le pro­blème en fai­sant usage de magie. Cela sert uni­que­ment le scé­na­rio, au détri­ment de la logique.

C’est la logique qui doit pri­mer, même dans les uni­vers de fan­ta­sy. Sur­tout dans les uni­vers de fan­ta­sy. C’est ce qui ren­dra cet uni­vers cohé­rent, cré­dible.

Cré­dit pho­to : Lae­ti­tia WarouxCC BY-NC-ND

3 Replies to “Toujours choisir le pire : à quel prix ?”

  1. Le pro­blème c’est que dans la vraie vie aus­si c’est fré­quent ! Mais ça ne se ter­mine pas très bien !
    Où sont nos supers pou­voirs ?

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