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Suffragettes_meeting,_Rue_Montmartre,_Paris,_1914

On a beau­coup par­lé d’orthographe le mois der­nier. Ce billet n’a rien à voir avec cela. Rien à voir non plus avec la jour­née de la femme, qui a lieu aujourd’hui.

Il y a quelques mois, j’ai lu un article défen­dant la modi­fi­ca­tion de l’orthographe en faveur d’une stricte éga­li­té entre la mas­cu­lin et le fémi­nin. Cet article fai­sait écho à cer­taines pra­tiques cou­rantes que nous avons tous vues, voire que nous met­tons en place nous même : citer le fémi­nin au même titre que le mas­cu­lin dans la mesure du pos­sible. Exemple : “par­mi tous ceux qui sont pré­sents” devien­dra “par­mi tous ceux et toutes celles qui sont présent(e)s”. L’auteur de cet article (A. C. Hus­son) pro­po­sait plu­sieurs solu­tions pour écrire les ter­mi­nai­sons des mots devant être, pour elle, à la fois mas­cu­lin et fémi­nin :

  • mettre le “e” entre paren­thèses
  • mettre le “e” en majus­cule (pré­sentEs)
  • mettre le “e” entre tirets (pré­sent-e-s)
  • mettre le “e” entre barres obliques (présent/e/s)
  • mettre le “e” entre deux points (présent.e.s, ou mieux, présent·e·s)

Elle pré­co­ni­sait la cin­quième solu­tion puisque les deux pre­mières pou­vaient faire croire à une mise en avant d’un genre sur un autre, et les deux sui­vantes étaient moins esthé­tiques que la der­nière. Le pro­blème avec cette idée, c’est qu’il s’agit de modi­fi­ca­tions arti­fi­cielles, qui ne vont pas dans le sens d’une évo­lu­tion natu­relle de l’orthographe. Per­son­nel­le­ment, à chaque fois que je ren­contre un mot ain­si écrit, ma lec­ture est inter­rom­pue.

C’est une ques­tion d’habitude, sans doute, et avec un peu d’effort, on pour­rait tous appli­quer cette idée, de la même manière que lorsque l’on prend la réso­lu­tion d’arrêter de dire “mal­gré que” ou “faire mon­trer”.

Per­son­nel­le­ment, je ne suis pas par­ti­cu­liè­re­ment favo­rable à une telle évo­lu­tion, et j’avais déjà expli­qué pour­quoi dans un article.

L’auteur en ques­tion pro­po­sait une autre modi­fi­ca­tion, la créa­tion de nou­veaux mots, neutres, que l’on uti­li­se­rait lorsque le genre de la per­sonne ne serait pas connu.

Des pro­noms per­son­nels de 3e per­sonne : ille, illes, elleux (pour il/elle ; ils/elles ; eux/elles).

L’auteur ne le cite pas, mais j’ai déjà vu le déter­mi­nant “lae” (contrac­tion de “le” et “la”) pour qua­li­fier un nom qu’on ne veut pas gen­rer.

Je crois que contrai­re­ment à la pre­mière, cette idée sera défi­ni­ti­ve­ment un échec : on ne modi­fie pas la langue ain­si, en créant des mots d’une manière arti­fi­cielle, sur­tout des mots cen­sés être employés dans la plu­part de nos phrases. N’en déplaise aux fémi­nistes convain­cus qui s’acharnent à employer ces mots au détri­ment de la com­pré­hen­sion de leurs phrases.

J’espère n’avoir frois­sé per­sonne. Je pense juste de la ques­tion de l’orthographe n’a rien à voir avec le fémi­nisme, qui devrait mener d’autres com­bats. Cette volon­té de trans­for­mer notre langue pour éra­di­quer toute trace d’une ancienne domi­na­tion mas­cu­line me rap­pelle les révo­lu­tion­naires qui sou­hai­taient sup­pri­mer toute allu­sion au chris­tia­nisme dans la socié­té, à com­men­cer par le calen­drier et les pré­noms. On com­prend la démarche, mais on ne la met­tra pas en pra­tique, car on ne peut pas balayer l’Histoire ni les pra­tiques lan­ga­gières d’un revers de manche.

Cré­dit pho­to : Mani­fes­ta­tion fémi­niste à Mont­martre, 1914, Agence Rol (domaine public)

 

Commentaires(4)

    • Xavier Portebois

    • 3 années ago

    J’abonde dans ton sens : inven­ter des mots pour les impo­ser ne marche jamais, pas plus qu’imposer des règles de syn­taxe inédites.
    Par contre, je suis un fervent défen­seur de la règle du mas­cu­lin qui l’emporte et je trouve cette règle équi­table, et ce pour deux rai­sons.
    D’une, le mas­cu­lin est un genre non mar­qué en fran­çais, contrai­re­ment au fémi­nin. J’ai dès lors un moyen simple de dire que toutes mes amies de sexe fémi­nin sont là (je peux même le dire s’il y a des amis mas­cu­lins dans la salle, ça aura tou­jours du sens), mais je n’ai aucun moyen de dire que tous mes amis de sexe mas­cu­lin (et uni­que­ment) sont là, qu’il y ait des femmes pré­sentes ou non. Dire que “le mas­cu­lin l’emporte”, pour le coup, c’est limite, au final, puisqu’on a accès à moins de nuances séman­tiques avec.
    Puis, de deux, le mas­cu­lin en fran­çais est un héri­tier du mas­cu­lin latin mais aus­si du neutre, dont on aurait actuel­le­ment besoin, parce que leurs décli­nai­sons étaient très proches à l’époque. Voir dans le mas­cu­lin, genre non mar­qué donc, un neutre par défaut, ça ne paraît pas décon­nant du coup.

    1. Je me sens moins seul ! Je suis moi aus­si un défen­seur de la “règle du mas­cu­lin qui l’emporte sur le fémi­nin” ; j’ai l’impression que tu as com­pris l’inverse. J’expliquais d’ailleurs mon point de vue — qui est le même que le tien — dans un autre article (http://jeromeverne.fr/feminiser-les-noms-communs-parite-genre-orthographe/).

    • Xavier Portebois

    • 3 années ago

    J’abonde dans ton sens : inven­ter des mots pour les impo­ser ne marche jamais, pas plus qu’imposer des règles de syn­taxe inédites.
    Par contre, je suis un fervent défen­seur de la règle du mas­cu­lin qui l’emporte et je trouve cette règle équi­table, et ce pour deux rai­sons.
    D’une, le mas­cu­lin est un genre non mar­qué en fran­çais, contrai­re­ment au fémi­nin. J’ai dès lors un moyen simple de dire que toutes mes amies de sexe fémi­nin sont là (je peux même le dire s’il y a des amis mas­cu­lins dans la salle, ça aura tou­jours du sens), mais je n’ai aucun moyen de dire que tous mes amis de sexe mas­cu­lin (et uni­que­ment) sont là, qu’il y ait des femmes pré­sentes ou non. Dire que “le mas­cu­lin l’emporte”, pour le coup, c’est limite, au final, puisqu’on a accès à moins de nuances séman­tiques avec.
    Puis, de deux, le mas­cu­lin en fran­çais est un héri­tier du mas­cu­lin latin mais aus­si du neutre, dont on aurait actuel­le­ment besoin, parce que leurs décli­nai­sons étaient très proches à l’époque. Voir dans le mas­cu­lin, genre non mar­qué donc, un neutre par défaut, ça ne paraît pas décon­nant du coup.

    1. Je me sens moins seul ! Je suis moi aus­si un défen­seur de la “règle du mas­cu­lin qui l’emporte sur le fémi­nin” ; j’ai l’impression que tu as com­pris l’inverse. J’expliquais d’ailleurs mon point de vue — qui est le même que le tien — dans un autre article (http://jeromeverne.fr/feminiser-les-noms-communs-parite-genre-orthographe/).

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