Le meilleur logiciel d’écriture

Détrompez-vous, je ne le connais pas. Mais je me pose la question…

Code is poetry

Il y a quelques semaines, lorsque j’ai voulu convertir en ePub ma nouvelle Les larmes de Saturne tapée dans Word 2016, j’ai suivi la même procédure que d’habitude : copier-coller mon texte dans Sigil. Le problème de cette méthode est qu’il faut recommencer le formatage du texte : dans Sigil, on écrit pas de la même manière que dans Word 2016. Même s’il est possible de conserver le formatage d’origine, je refuse d’agir ainsi : on obtiendra alors un texte rempli de balises HTML inutiles qui alourdiraient le fichier (oui, je suis un grand maniaque). C’est là que je me suis dit que Word n’était pas un super logiciel pour écrire un livre numérique.

Mon test de Scrivener

Le populaire Scrivener… peu adapté aux usagers francophones.

Pour la 2e ou 3e fois, j’ai téléchargé et testé Scrivener. Les premières fois, j’avais abandonné l’outil parce que je n’y comprenais rien. Cette fois-ci, j’ai reconnu et salué plusieurs de ses qualités, comme le fait de pouvoir découper son texte en scène et de les réorganiser d’un simple cliquer-déplacer. Seulement, Scrivener souffre pour moi d’un très gros problème, outre le fait qu’il arbore une interface un peu vieillotte : il n’est pas adapté pour la langue française.

Au premier “ :” que j’ai voulu insérer, je me suis rendu compte que le caractère n’insérait pas une espace insécable en même temps, comme c’est le cas dans Word. Qu’à cela ne tienne, me suis dis-je, je vais insérer l’espace insécable manuellement. Et me voilà à appuyer sur CTRL+MAJ+ESPACE. Je vois bien une espace apparaitre, mais me voilà pris d’un doute sur sa nature. Je copie et colle mon texte dans Word : ce que je venais d’insérer était une simple espace sécable. Je cherche alors à afficher le code HTML pour entrer le code manuellement (&nbsp ;), mais c’est apparemment impossible. Scrivener n’est pas Sigil. Je fais des recherches pour pouvoir écrire en français avec Scrivener. Je tombe sur un fichier de préférences réglées par Lionel Davoust, qui permet d’ajouter des espaces sécables automatiquement avant le point-virgule, le point d’exclamation, le point d’interrogation, de transformer oeuf en œuf automatiquement, etc. Enfin presque. Car lesdits espaces insécables n’apparaissent qu’après avoir appuyé sur la barre espace après avoir tapé le point d’exclamation. Si j’ai le malheur d’effacer cette dernière espace pour la retaper ensuite, alors mon espace insécable sera doublée ! (Bravo si vous avez compris ce que je voulais dire.) À partir de ce moment, j’ai considéré qu’il n’était pas viable pour moi d’écrire avec Scrivener sur le long terme. Il me fallait donc un autre logiciel. Mais lequel ?

Je me suis souvenu d’une interview de G.R.R. Martin qui indiquait son logiciel favori pour écrire : WordStar, un logiciel des années 80, installé sur une machine qui tourne sous DOS. Sans forcément adopter un logiciel désuet, ne faudrait-il pas revenir à plus de simplicité ?

Word reste en tête

J’ai posé la question sur Twitter.

Scribbook, l’outil 100 % en ligne

Le résultat est sans appel : si ce n’est pas Word qu’utilisent mes camarades auteurs (c’est-à-dire vous, qui lisez cet article ?), c’est son alternative libre, à savoir LibreOffice (voire OpenOffice). Les 19 % restants se partagent entre Scrivener et d’autres logiciels. Mais quels sont donc ces derniers ? Les commentaires apportent la réponse : Scribbook. Le nom me dit vaguement quelque chose. Je vais voir ce dont il s’agit : une sorte de Scrivener en ligne, beaucoup plus joli et esthétique. Je ne l’ai pas testé. Le site est en version Alpha pour le moment et lorsqu’il sera complètement opérationnel, certaines de ses fonctionnalités deviendront payantes. Je me suis souvenu pourquoi je n’avais pas poussé plus loin l’exploration de ce logiciel : parce qu’il est en mode SAAS (c’est-à-dire accessible uniquement en ligne). En fait, ce n’est pas tant cela qui me dérange que le fait que mes fichiers soient eux aussi hébergés je ne sais où, sans avoir véritablement la main dessus. Je suis peut-être parano, mais j’aime que mes fichiers soient hébergés sur mes différentes machines, synchronisés via un système de cloud. Pas de sauvegarde, non merci.

Plein d’alternatives !

J’en était resté là jusqu’à ce que je reprenne mes recherches et tombe sur un article de Thierry Crouzet qui présentait les outils qu’il utilisait et ceux qu’il n’utilise pas. Me voilà avec un panel de logiciels, dont certains ont l’air très intéressants. J’ai décidé de tester ceux semblant correspondre à mes besoins : un logiciel qui ajoute des balises proprement (et qui permet de les voir), qui exporte en epub, et qui autorise la synchronisation des fichiers sur mes différents appareils. Si c’est un logiciel à installer, il faudra qu’il soit compatible Windows.

Si vous êtes sur Mac, jetez un coup d’œil à Ulysses, cette application a tout l’air de rassembler toutes les qualités qu’il faut. Quant à nous autres, pauvres irréductibles de l’OS aux fenêtres, explorons les autres possibilités.

La plupart des logiciels dont je vais parler utilise le langage Markdown, une manière simplifiée d’écrire en HTML. Typora (gratuit) et Texts (payant) sont tout les deux les leaders des éditeurs de texte (à ne pas confondre avec les traitements de texte). Epurés, ils permettent même l’export en ePub. Malheureusement, ils ont été pensés pour des utilisateurs anglo-saxons et ne connaissent pas les espaces insécables (comme tous les éditeurs Markdown).

Antidote, l’indispensable correcteur

Hemingway Editor 3 est un éditeur original puisqu’il fait une partie du boulot d’Antidote 9 : il repère les phrases trop longues et les répétitions, etc. Payant, pas de version gratuite.

QOwnNotes est un Scrivener like allégé, dans le sens où il permet une organisation de plusieurs fichiers dans des dossiers (tout cela dans un seul et même fichier, n’est-ce pas ?), c’est-à-dire exactement comme dans un ePub. L’interface est cependant beaucoup plus agréable et moderne que Scrivener. Un outil idéal pour la prise de notes à la fac. Une synchronisation OwnCloud est prévue.

Bibisco est lui aussi un Scrivener like, doté d’un look WordPress (back-office) et orienté fictions. Il est disponible en français.

On trouve également plusieurs éditeurs de texte en ligne. Penflip et Stackedit, dont le premier permet d’organiser ses fichiers en dossiers (comme sur QOwnNotes). Le gros avantage de ces outils web est la possibilité d’une collaboration en temps réel sur les textes.

Ecrire en français avec des logiciels anglo-saxons, c’est compliqué

Finalement, il n’y a que Word qui a compris les règles d’orthographe françaises, ou bien son homologue libre, LibreOffice. Avec ces logiciels de traitement de texte, on est sûrs de pouvoir taper les caractères que nous souhaitons facilement : majuscules accentuées, lettres à ligature, espaces insécables. Par ailleurs, Antidote, le logiciel de correction orthographique est parfaitement compatible avec ces deux logiciels, alors qu’il aurait été impossible de l’utiliser avec les autres logiciels évoqués plus haut.

Sigil, un outil perfectible, mais indispensable. Le futur logiciel idéal pour les créateurs d’ebooks ?

Alors n’y a-t-il pas un moyen ? Après tout, Word permet d’enregistrer dans plusieurs formats différents ; le .docx n’est pas la seule solution. Quel format serait le plus approprié, le plus simple, celui qui ajoute le moins de balises possible ? On évitera le texte brut (.txt) pour lequel plus aucune mise en forme n’est possible. Le format HTML semble une bonne idée à première vue, puisque les fichiers ePub sont composés de fichiers HTML. J’ai fait le test : j’ai ouvert avec Sigil un fichier HTML créé avec Word, sans aucune mise en page particulière. C’est une catastrophe. Des centaines de ligne de code inutiles, et des balises qui n’affichent même pas ce que l’on avait pourtant créé (création de paragraphe par exemple). Je décide de tester le format RTF. Même procédure : je tente l’ouverture avec Sigil. Ce dernier refuse d’ouvrir un fichier de ce type. Je passe alors par Calibre, le convertis en ePub, puis l’édite directement avec Calibre. Cette fois-ci, le code est beaucoup plus propre et ressemble à ce que l’on aurait pu produire manuellement, même si c’est loin d’être parfait. Chose appréciable : la mise en forme est séparée du texte, comme dans tout bon fichier créé pour le web, et tout ePub correct.

EDIT (10/07/17) : Le Comte de X indique dans les commentaires que l’enregistrement depuis Word dans le format HTML filtré serait plus judicieux. Et il a bien raison. Le HTML filtré donne un résultat encore meilleur que le RTF, puisqu’il s’agit de HTML sans les balises Word.


Et vous ? Comment procédez-vous ? Auriez-vous trouvé la procédure miracle ? Un logiciel dont je n’ai pas parlé à proposer ?

Crédit image : CC0 an_photos

13 réponses to “Le meilleur logiciel d’écriture

  • Hello Jérémie, j’écris en français, essentiellement sur l’application Scrivener et je publie en numérique sur Scrivener de bureau pour Mac et je n’ai jamais connu de difficultés d’orthographe, d’espaces ou de typo. Or je suis très exigeante sur la présentation.
    Il suffit de paramétrer la langue, dès le début et de demander des guillemets en chevrons à la place des ” anglosaxons, les espaces insécables se mettent automatiquement. J’utilise un raccourci pour en mettre devant les !, ?, entre les milliers, dans les dates et si j’en oublie, Antidote me le signale lors de la correction finale et fait la correction sur le manuscrit entier en une seule fois.
    Pour les ligatures, il y a des raccourcis que j’utilise bien sur Mac, mais aussi sur iPad, où j’écris le plus souvent. Scrivener for iOS est en anglais et je n’ai aucun problème. Quelques paramètres à fouiller lors des paramétrages et c’est tout, on n’y revient plus.
    Les fichiers ePub issus des compilations du Scrivener de bureau sur Mac sont toujours impeccables, j’en vends en l’état sur Iggybook (epub, mobi et pdf) et ça passe parfaitement.
    Les tables des matières sont parfaites.
    Sur Amazon, j’envoie un fichier mobi et ça passe aussi (en cochant juste une case html table des matières, que l’on n’a pas besoin de cocher pour epub).
    Je gagne beaucoup de temps en écrivant directement sur Scrivener et je n’édite plus jamais sur un autre support, parce que le résultat me convient bien quand je les télécharge sur les plateformes numériques aussi diverses que Smashwords, qui publie sur Apple, Kobo et Barnes & Noble, ou sur Draft2Digital, ou sur Iggybook qui publie sur Google Play et d’autres librairies en ligne.
    Sur onze livres publiés l’an dernier et cette année, j’ai eu l’occasion de bien vérifier les résultats du travail sur Scrivener.
    Par contre, avant de télécharger, je vérifie tout sur Antidote et s’il me signalait une coquille de typographie, je la traquerais impitoyablement.
    Je n’ouvre plus jamais ni Word ni Open Office qui mettent le bazar dans les conversions in fine. Pour Smashwords ou D2D, j’envoie le fichier .doc tel qu’il est compilé par Scrivener, surtout sans rien y toucher et tout passe comme je le souhaite une fois le fichier converti dans les différents formats numériques que je vérifie sur tous mes supports de lecture, iOS, Android, Kindle.
    J’ai utilisé Sigil autrefois (en 2010 🙂 ; je trouve que Scrivener fait bien tout le job.
    Du moins en numérique, car je n’imprime plus rien depuis au moins quinze ans.

    Bon courage à toi !
    Gaelle

    • Jérôme Verne
      5 mois

      Salut Gaelle !
      Comme le Comte de X le mentionne plus bas, nos points de vue divergent sans doute parce que tu utilises Scrivener sous Mac et moi sous Windows. Du coup, les raccourcis ne fonctionnent plus.
      Et puis cela me frustre de ne pas pouvoir voir ce que je tape réellement (je veux dire autrement qu’en WYSIWYG, avec les caractères invisibles). Sans compter que l’apparence du logiciel est un peu en retard sur son temps (en tout cas pour la version Windows). Mais cela n’enlève rien aux qualités que tu as citées. Performant, mais pas agréable à utiliser (pour moi).
      Jérôme (et pas Jérémie 😉 )

  • Salut,
    Pour un workflow 100% libre et efficace, je préconise Libreoffice pour l’écriture, Grammalecte pour les corrections orthographiques, grammaticales mais aussi typographiques, le greffon writer2epub pour l’export en epub et enfin nettoyage et finalisation de l’epub dans Sigil.
    🙂

    • Jérôme Verne
      5 mois

      Soit 4 logiciels (bon, ok, 3,5) ! Comme moi actuellement, donc. Personnellement, je préfère encore Word à LibreOffice, car je trouve le premier plus agréable à utiliser que le second. 🙂

  • Hello,
    Perso, je bosse la plupart du temps sous Word, parce qu’il gère très bien la typographie et les autocorrections.
    Pour les exportations, as-tu essayé d’enregistrer en HTML filtré, normalement, ça vire toutes (ou presque) les balises de m***e.

    Pour Scrivener, travaillant avec autant sur PC que Mac, je trouve qu’il y a des différences de base entre les 2 versions qui sont assez ennuyeuses, notamment la gestion des autocorrections (après, je dois avouer que je n’ai pas essayé de le mettre à jour depuis un moment, my bad).
    Après, chacun voit les avantages et les inconvénients, mais de mon côté, je préfère utiliser Word qui est configuré comme il faut dès le départ plutôt que de passer des heures à configurer Scrivener, même s’il est mieux pour les projets non linéaires.

    En tout cas, merci pour cette article qui m’a permis de découvrir d’autres alternatives 🙂

  • Pardon, Jérôme, je m’en suis rendue compte trop tard, comme je corresponds parfois avec Jérémie Lebrunet (l’auteur du livre sur la typo), le logiciel l’a écrit d’office, dès les trois premières lettres de ton prénom.
    J’ai écrit le guide Scrivener pour Windows sur un notebook Asus sous Windows, c’est en effet moins ergonomique que le Scrivener pour Mac, mais ça marche quand même très bien, je ne me rappelle pas avoir eu les problèmes évoqués. Je mets toujours mes pages en caractères invisibles pour vérifier la typo en tapant. J’avoue qu’en effet j’ai préféré faire la compilation finale du guide Windows sur le Mac mini de bureau, seulement parce que je suis plus habituée à Mac qu’à Windows. Mais toutes les exportations marchaient très bien pour la publication, j’ai quand même bien vérifié avant de publier, sinon je l’aurais signalé dans le guide Windows, j’analyse et signale toujours ce qui ne marche pas aussi bien.
    Après ces deux premiers guides pratiques, Scriv Mac et Windows, je suis passée à l’application for iOS et je ne l’ai plus quittée, tellement c’est agréable, intelligent, brillant. Quand on la maîtrise, on l’oublie, on écrit, c’est tout et c’est beau. Les neuf autres livres publiés ensuite ont tous été écrits sur ce support nomade dont je ne pourrais plus me passer. Je n’aurais jamais publié les neuf livres suivants, illustrés et parfois lourds, certains font plus de 600 pages, en si peu de temps, si j’étais restée sous Word.
    Mais c’est sûr qu’il faut prendre le temps de se former soi-même pour exploiter le formidable potentiel de Scrivener.
    J’utilisais aussi le HTML filtré autrefois, en particulier pour publier sur Amazon en 2010, sur Mac c’était la meilleure solution à l’époque.
    Belles écritures à tous !

    • Jérôme Verne
      5 mois

      😀 Je me doutais bien que tu m’avais confondu avec Jérémie Lebrunet (que je connais – on habitait dans la même ville jusqu’à samedi dernier).
      J’ai parlé trop vite, j’avais oublié qu’il était possible d’afficher les caractères invisibles avec Scrivener. Reste cette histoire d’espaces insécables impossibles à insérer manuellement.
      Et le fichier epub obtenu avec Scrivener est quand même moins propre (je veux dire lorsque l’on regarde le code, avec les balises) qu’un epub généré à partir d’un fichier en HTML filtré, même si le rendu final est le même. Oui, je sais, je chipote. 😉

  • Bonjour à tous, mon nom est Andrea Feccomandi. Je suis l’auteur de bibisco.
    Je voulais vous informer que bibisco est également disponible en français.
    Bonne journée!

    • Jérôme Verne
      5 mois

      Merci pour cette précision Andrea. Je corrige.

  • Bonsoir,

    Je suis le créateur de Scribbook et me permet un petit commentaire. Je comprend votre sentiment vis à vis du Saas. J’ai créé Scribbook car je voulais installer Scrivener sur mon lieu de travail. Je n’avais pas les droits administrateurs… Je n’ai pas pu. J’étais tellement frustré de ne pas pouvoir écrire là où je voulais que vu que j’avais les compétences… Au final, chaque personne cherche son aise pour écrire et je pense qu’il faut de tout pour tous :-). Et je pense que c’est le sens de votre article !

    J’en profite pour indiquer que la prochaine version (mi-août), nous passerons en bêta. A cette occasion, je livre le mode hors ligne complet (on se connecte, et après on peut aller dans une grotte, tout est enregistrer en base local utilisateur).

    Concernant la sécurité du Saas, rien n’est parfaitement hermétique dans le monde de l’informatique mais, pour le post bêta (CF. FAQ) je crypte la base de données (pour la bêta je ne peux pas au cas où problème). L’hébergeur est reconnu et français. Et je réplique la base chaque nuit sur un ftp distant. Enfin, dans ma todo list j’ai la synchro dropbox/gdrive mais j’avoue que je garde ça pour plus tard.

    Merci en tout cas d’avoir parler de mon logiciel 😉

    Amicalement,

    Jonathan KALFA

    • Jérôme Verne
      5 mois

      Merci pour votre commentaire !
      Voilà qui est très intéressant. 🙂

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