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JOUR 6 : aller-simple pour la gendarmerie ?

Ce sixième jour à Mayotte ne devait toujours pas être un jour de vacances. Ma mission du jour : porter plainte à la gendarmerie la plus proche, tout en n’ayant plus de voiture.

Un réveil brutal

Cette fois-ci, c’est vers 3 heures du matin que je fus réveillé malgré moi. C’était comme si un poids lourd passait sur la route voisine. Le même bruit, les mêmes secousses. Sauf que j’étais à Mayotte et qu’il n’y avait pas de poids lourd ici, encore moins sur le petit chemin privé d’à côté. Et puis la secousse était quand même plus violente que celle générée par le simple passage d’un camion. Je me souviens de ce que me disait Serge, mon voisin de chambre, la veille : l’île était régulièrement touchée par des tremblements de terre à cause du volcan qui s’était réveillé à quelques kilomètres de là.

Sur le moment, j’essaye de me rappeler les précautions à prendre dans ce genre de cas : s’abriter pour éviter de se prendre des débris sur la tête. Je me souviens que je suis dans mon lit et qu’il n’y a rien qui pouvait me tomber sur la tête, à part peut-être le plafond et le reste de la maison, si le séisme devenait plus violent. Il finit par s’estomper, ainsi que ses répliques. J’ai su le lendemain qu’il avait atteint une magnitude de 4,5. À mon réveil, je remarque une fissure au dessus de mon lit… Je n’arrive plus à me rappeler si elle était là la veille.

Une visite inattendue

Alors que je prévoyais me rendre à la gendarmerie de Mzouasia sitôt mon petit-déjeuner avalé, mes plans furent une nouvelle fois compromis… par la visite des gendarmes eux-mêmes.

— Nous avons entendu dire qu’une voiture avait brûlé ici, hier, nous annonce l’adjudant.

Il nous explique qu’ils auraient du se déplacer la veille, mais que les pompiers ne les avaient pas prévenus. Il nous apprend qu’ils sont à Bandrélé à cause d’une autre voiture qui aurait brûlé le matin même.

— Mais… ce serait donc criminel ? s’exclame Lise.

Le gendarme répond par l’affirmative : le pyromane est recherché depuis un certain temps. Il avait déjà brûlé deux autres voitures dans le village avant la mienne.

L’adjudant me pose quelques questions et me demande de lui envoyer les photos que j’ai prises par mail, ainsi que de venir à la gendarmerie le jour même à 15 h pour déposer plainte. Voilà qui ne m’arrange guère, mais je n’ai pas vraiment le choix. Ma journée sera donc consacrée à me rendre à Mzouasia, puis à en revenir, de préférence avant le coucher du soleil.

Puisque je n’ai plus rien de prévu de la matinée, je me rends à la pharmacie pour acheter une crème apaisante : depuis mon arrivée à Mayotte, je n’ai pas arrêté de me faire piquer par des insectes, sans que je ne m’en rende jamais compte. J’ai bien senti plusieurs fois des moucherons ou autres bestioles volantes me frôler, mais je n’ai jamais senti de piqûre. Quoi qu’il en soit, depuis la veille, les démangeaisons se faisaient de plus en plus fortes.

— Si la douleur n’est pas partie au bout de 6 minutes, n’hésitez pas à appliquer à nouveau la crème, me dit la pharmacienne.

Je ne pensais pas que ce produit allait être aussi efficace. Et j’avais raison. L’un de mes boutons de moustique (ou quoi que ce soit d’autre) resta récalcitrant et la pommade fut sans effet sur lui.

Nous étions vendredi. Je me souviens alors que j’avais prévu me rendre ce jour-là sur la plage de N’Gouja, avec pour guide Boura, l’informaticien avec qui j’avais déjeuné à Dzaoudzi en début de semaine. Ce dernier devait passer dans le coin pour une réunion de famille prévue le lendemain. Je lui envoie un SMS pour lui expliquer ce qui m’arrivait et le changement de programme.

Je donne des nouvelles à mes collègues et je vois avec eux pour obtenir une nouvelle voiture, avec une agence de location locale, cette fois-ci. L’affaire est réglée : j’aurais une Ford Fiesta le lendemain matin à 10h.

Le midi, je réserve un chauffeur sur l’application Premium. Il est prévu qu’il passe me prendre à 14h. J’ai un peu surestimé le temps qu’il fallait pour se rendre à la gendarmerie en voiture, mais au moins, j’étais sûr d’être à l’heure. Et puis, si je pouvais être reçu plus tôt, cela m’arrangeait.

Mon avance n’aura servi à rien : l’adjudant ne me reçu qu’à 15 h passées. Il me demande une pièce d’identité et mon dépôt de plainte commence. En renseignant mon nom dans son logiciel, il m’annonce d’une voix stoïque :

— Vous êtes recherché.

— Pardon ? Recherché… par qui ?

— Vous êtes recherché, répète-t-il.

— Mais comment cela, je suis recherché ? Par la police ?

— J’ai tapé votre nom et votre prénom, et ils apparaissent en rouge. Cela veut dire que vous êtes recherché. Mais c’est sans doute un homonyme. Nous allons voir cela tout à l’heure.

J’acquiesçai, non avec inquiétude.

L’adjudant prend ma déposition. Je reste une bonne demi-heure dans son bureau. J’apprends que le suspect aurait déjà brûlé 8 voitures avant la mienne, qu’il avait déjà été condamné et qu’il s’était évadé d’un asile psychiatrique.

Je signe le procès-verbal de mon dépôt de plainte et je quitte la gendarmerie. L’adjudant a oublié de vérifier que ce n’était pas moi qui était recherché, mais je ne le relance pas à ce sujet. Il ne manquerait plus que je fusse arrêté !

Je quitte alors la gendarmerie, il est 14h50. Je dois maintenant rentrer à Bandrélé et je n’ai aucune idée de la manière dont je vais m’y prendre.

Un retour sanglant

Bon, aucune idée, j’exagère un peu. J’ai trois options. La première est de commander un nouveau chauffeur Premium, mais en sachant que je devrais attendre longtemps avant qu’il n’arrive à Mzouasia. La deuxième est de monter dans un taxi. Le problème est que je ne sais pas où trouver un taxi ici. La troisième est de faire du stop.

Je marche un peu, vers la sortie du village. Je finis par m’arrêter au même endroit que deux femmes qui, semble-t-il, font du stop. L’attente me parait interminable. Beaucoup de voitures passent, mais toutes poursuivent leur chemin. Jusqu’à ce que quelqu’un finisse par s’arrêter. Nous pouvons monter tous les trois. Ils parlent shimaoré, et pas très bien français. Je ne sais pas jusqu’où le conducteur m’emmènera, mais s’il me dépose à Chirongui, j’aurais déjà fait la moitié du chemin.

Carte routière de Mayotte, par Rémi Kaupp, CC By-Sa

C’est ce qui se passe. Sitôt débarqué dans le village, je reçois un SMS du chauffeur Premium qui m’avait emmené à Mzouasia. Il me demande comment j’ai fait pour rentrer chez moi. Je lui répond que je suis encore en chemin, mais que s’il est dans le coin, je voulais bien qu’il m’aide à rentrer à Bandrélé. J’apprends qu’il est à Sada. Je regarde sur Google Maps. C’est à 20 minutes de Chirongui. J’hésite. Je finis par accepter. Je dois repasser par l’application. La minute qui suit, un taxi s’arrête devant moi. Je rappelle mon contact pour annuler. J’arriverai à Bandrélé plus tôt que prévu, finalement.

En rentrant au gite, je croise Yaniss qui arrose les plantes. Il me demande comment cela s’est passé avant de s’exclamer :

— Tu es tombé ?

Je le vois qui fixe mon genou. Il saigne. Je suppose que j’ai du me blesser en sortant du taxi.

Un fois rentré, je me douche puis panse ma blessure. Je me rends compte qu’il est difficile de faire tenir un pansement sur une articulation. J’enfile un pantalon, à la fois pour éviter que mon short ne fasse se décoller mon pansement, et aussi pour éviter les nouvelle piqûres d’insectes.

En fin d’après-midi, je reçois un appel de Boura. Il me propose de dîner avec lui. Il passe me prendre et nous nous rendons dans le deuxième restaurant de Bandrélé. J’en apprends un peu plus sur les choses à faire dans le coin. Mon planning s’annonce chargé. Dès le lendemain midi, après avoir été chercher ma nouvelle voiture, j’enchainerai les escapades dans les territoires reculés de Mayotte.

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