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Il était minuit passé lorsque Lise, la propriétaire de la chambre d’hôtes, frappe à ma porte pour m’avertir que ma voiture était en train de brûler.

JOUR 5 : Requiem pour une Dacia

J’enfile un short et un t‑shirt et je suis Lise. Devant la maison, de l’autre côté de la palissade, des flammes s’élèvent. Deux personnes s’activent déjà pour éteindre le feu, à l’aide de tuyaux d’arrosage. Des voisins sont venus voir ce qu’il se passe, certains en caleçon, d’autres en pyjama, d’autres ayant pris le temps de se rhabiller. J’essaye de me souvenir : avais-je laissé quoi que ce soit à l’intérieur qui aurait pu causé un incendie ? Non. Je n’avais rien laissé du tout en fait.

Une nuit enflammée

Apparemment, les pompiers ont déjà été prévenus par une voisine qui a entendu une première explosion. Lise s’est rendu compte de ce qui se passait, réveillée par les pleurs de sa fille, les lueurs perçant les rideaux l’ayant interpellée.

Je constate avec embarras que la palissade en bois jouxtant la voiture était en train de prendre feu, elle aussi. « Ne t’en fais pas, me dit Yaniss, le propriétaire, je préfère que ce soit ça plutôt que la maison ! » Sa femme renchérit : « Et dire que je voulais te dire de rentrer ta voiture sous le porche, hier soir… Heureusement que je ne l’ai pas fait ! Ce serait la maison qui serait en train de brûler ! »

Mais comment une voiture peut-elle s’enflammer toute seule ? Les vitres étaient toutes remontées et sont restées quasiment intactes pendant l’incendie et les portes étaient verrouillées. « Un court-circuit », suggère un voisin.

Le feu est presque éteint…

Les pompiers arrivent une vingtaine de minutes plus tard. Le feu est déjà presque éteint. En m’approchant du devant de la voiture, je m’aperçois que les pneus avant ont complètement fondu. Peut-être sont-ils à l’origine des explosions entendues par les voisins.

« C’est une Dacia ? s’exclame l’un des pompiers. 70 % des voitures qui brûlent toutes seules sont des Renault, affirme-t-il. »

Je continue à cogiter. Et si elle avait prit feu pendant que je conduisais, sur une route escarpée, ou en prenant un virage ? Cela aurait pu être bien pire.

Les pompiers s’étant assuré d’avoir complètement éteint le feu repartent. Il ne reste plus qu’à retourner se coucher. Et se rendormir. Je n’y arrive qu’avec difficulté. Je pense à tout ce que je devrais faire le lendemain : appeler Europcar, appeler mon entreprise, et faire ce qu’on attendra de moi.

Je me rends compte que j’avais glissé plusieurs incendies dans les histoires que j’avais écrites récemment : dans Stonehenge, ce sont une maison et deux bibliothèques qui brûlent, et dans L’Hermine masquée, les flammes attaquent un immeuble et j’avais prévu d’y faire brûler une voiture. À force de décrire des incendies, j’avais fini par en vivre un. Le destin veut me faire passer un message… Et si j’avais le pouvoir de…? Non, ce serait trop effrayant. Notez que ce serait un bon sujet d’histoire. (Quoique déjà exploité dans Cœur d’encre, Histoires enchantées et Once Upon A Time, maintenant que j’y pense.)

Une matinée agitée

Le lendemain matin, mon réveil sonne enfin. J’ai peu dormi, mais je sais que ma journée sera bien remplie. Je quitte mon lit et prend la direction de la salle de bain. Je pousse un cri en voyant la bestiole qui recouvre la bonde de la douche. Je reconnais un énorme scolopendre. Je me souviens avoir lu dans le guide emprunté à la médiathèque que cet invertébré pouvait se révéler dangereux. Finalement, je ne prendrai pas de douche, pas tout de suite en tout cas. Je monte pour prendre le petit déjeuner et informe Abdallah de ce que j’ai trouvé dans la salle de bain. Il réussira à m’en débarrasser à l’aide d’une paire de ciseaux.

Un scolopendre. Le mien était plus foncé, mais c’est bien la même bestiole. (Crédit photo : Filo gèn’ — CC BY-SA 4.0)

Je prends finalement ma douche, puis mes démarches administratives commencent. Il est 9h et avec le décalage horaire, mon entreprise n’est pas encore ouverte. Je commence par Europcar.

« Votre voiture a brûlé ? À Bandrélé ? » Visiblement, mon interlocutrice a du mal à me croire. Comme s’il était plus plausible qu’elle brûle à Mamoudzou. Je lui précise que je doute fort que ce soit criminel étant donné le contexte : chemin de campagne, pas de traces d’effraction… Elle me dit qu’elle me rappelle. Quelque minutes après, mon téléphone sonne et on me demande d’envoyer des photos du sinistre. Le temps que mon téléphone charge les photos dans le cloud, j’appelle mon entreprise. Ma collègue reste bouche bée, elle aussi.

Je passe toute la matinée au téléphone avec Europcar, mon entreprise ou le dépanneur. L’assureur me demande notamment de remplir une attestation de non alcoolémie et/ou usage de stupéfiants. Une exigence légèrement absurde. Le reste du temps, je discute avec Lise de ce qui s’est passé et de l’avancement de mes démarches. Mon entreprise me relaie et devient le contact privilégié d’Europcar. Le loueur est persuadé qu’il s’agit d’un acte criminel et que je suis en quelque sorte coupable d’avoir garé ma voiture dans un lieu mal fréquenté. Il refusera de me fournir une voiture de remplacement.

En fin de matinée, le dépanneur vient pour emporter la voiture. L’expertise se déroulera à Kaweni (au nord de Mamoudzou), siège de l’assureur, Groupama.

De nouvelles aventures en perspective

Il est midi dix quand mon voisin occupant la chambre jouxtant la mienne me propose de m’emmener manger. C’est fort aimable de sa part, étant donné que je n’ai plus de voiture. Nous déjeunerons ensemble quasiment tout au long de son séjour au gite. Il connait bien l’île de par son métier et j’apprends beaucoup de choses sur Mayotte. Nous parlons d’eau en bouteille (une seule marque locale, et ce n’est ni de l’eau de source, ni de l’eau minérale, mais de l’eau rendue potable par un traitement à l’aide d’air enrichi à l’ozone), nous parlons géologie (Mayotte est une île volcanique, faisant partie de l’archipel des Comores, dont toutes les îles sont nées d’un point chaud, point chaud qui s’est réveillé depuis un an à proximité de Petite-Terre), nous parlons importation (tout, ou presque, est importé, malheureusement), nous parlons développement économique.

O’Jiva, l’unique marque d’eau produite à Mayotte

L’après-midi, je prévois de me rendre à la gendarmerie pour porter plainte, à la demande de mon entreprise et en son nom. Je suis censé utiliser l’application Premium (l’équivalent de Uber) pour arriver à Mzouasia. L’interface est un peu moins sophistiquée que celle de son ainée, mais je parviens à commander un chauffeur pour 14h15. Il est 13h50 : j’ai donné un horaire arbitraire pour lui permettre d’arriver jusqu’à l’endroit où je me trouve. Je reçois aussitôt un SMS pour me confirmer l’horaire : « Pour 16h15, c’est bien cela ? » Quoi ? Lui faudrait-il 2h30 pour arriver à Bandrelé ? Non, il a sans doute cru que je m’étais trompé et que je voulais dire 4h15. Après quelques SMS échangés, il m’indique ne pouvoir être là avant 15h. J’estime que c’est trop tard : le temps d’y aller (20 minutes), de déposer plainte, de commander un nouveau chauffeur, de l’attendre et de faire le trajet inverse, il ferait déjà nuit. Je décide d’opter pour un taxi. Sauf que je n’ai plus d’argent liquide. Je me rends dans le centre-ville pour retirer quelques billets au Crédit Agricole. Malheureusement, le distributeur est en panne. J’envisage d’échanger chèque contre espèces à mes hôtes, mais ils sont absents. Je n’ai que 2 € en poche, de quoi arriver à mi-parcours. Là, je pourrais retirer du liquide, sous réserve que les distributeurs ne soient pas en panne eux aussi ! Je décide de renoncer pour aujourd’hui, d’autant plus que rien ne me garantit que des taxis seraient passés sur mon trajet. J’irai donc le lendemain matin. Là, j’aurais tout le temps qu’il faudra.

Je passe finalement le reste de l’après-midi au calme. Je descends jusqu’à la plage de galets située en contrebas du gite et plonge dans l’océan Indien, équipé de mes chaussures de surf. Ces dernières me furent bien utiles.

Je commence enfin à profiter de mes quelques jours de vacances. Pour combien de temps ?

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