Le problème des langues dans les fictions

Vous est-il déjà arrivé de ne pas comprendre votre interlocuteur et de n’avoir pour seul moyen de vous en faire comprendre que le geste, la langue étant une barrière et l’anglais ne parvenant même pas à vous sauver tant vous étiez nul au lycée ? Vous êtes-vous déjà retrouvés dans une telle situation ?

Cela semble évident, il faut du temps pour apprendre une langue que l’on ne connait pas. Or le temps long se marie mal avec les fictions à l’écran: comment symboliser ce temps qui passe ? Comment faire si les personnages ne disposent pas de ce temps ? On retrouve plusieurs artifices auxquels les scénaristes ont régulièrement recours.

Le-13eme-Guerrier-VF_referenceApprendre la langue très rapidement

Le cas le plus célèbre d’apprentissage ultrarapide de langue est sans doute celui du personnage joué par Antonio Banderas dans Le 13è guerrier. En une seule nuit, le jeune arabe apprend la langue viking. Mais le record de la vitesse doit être attribué au pilote de la série Le Monde Perdu, où un personnage apprend la langue des autochtones en… vingt secondes !

Outre ces cas où l’on nous prend clairement pour des imbéciles, il y a ceux où l’on essaye de noyer le poisson.

Une autre langue ? Non…! Vraiment ?

Oui, bien sûr que ce personnage ne parle pas la même langue que les héros. Mais qu’importe, on va faire comme si de rien n’était. Il parlera donc anglais, comme tout le monde !

Stargate SG-1 est devenu rapidement experte pour oublier les différences de langues. Et pourtant, ce n’est pas faute de ponctuer le vocabulaire des étrangers de mots inconnus, pour rester crédible. dannyntealc2Au départ, il y a le film Stargate, la porte des étoiles, où l’un des personnages apprend normalement, dans un temps suffisamment long la langue d’un autre peuple. Mais quand, dans la série, les personnages doivent rencontrer un nouveau peuple à chaque fois, la situation devient difficile: on ne peut pas se permettre d’apprendre une nouvelle langue (à la télévision) dans chaque épisode. Tant pis! On commence par quelques mots étrangers, puis on se met à parler dans la langue des personnages principaux. Tellement logique…

L’interprète: la solution la plus facile et la plus crédible

Le compromis entre les deux procédés décrits ci-dessus reste le recours à un interprète. Celui-ci est parfois inattendu et intervient comme un sauveur pour les personnages et pour les scénaristes, qui pourront faire avancer plus rapidement l’intrigue et ne plus être paralysé par des problèmes de compréhension. davinciUn épisode récent de Da Vinci’s Demons nous en donne un exemple: un autochtone ayant déjà appris la langue plusieurs années auparavant arrange bien les héros. (Par contre, de quelle langue s’agit-il ? L’italien bien sûr, et non pas l’anglais !)

L’interprète peut parfois être remplacé par une machine: le traducteur universel, artefact improbable que l’on retrouve dans de productions de science-fiction humoristique (Doctor Who, Le guide galactique (H2G2)). Solution utra-facile, mais pas du tout crédible. Quoique… Google Traduction atteindra-t-il un jour un niveau satisfaisant ?

Et dans les livres ?

Dans les livres, les enjeux ne sont pas les mêmes. Désormais, la question est de savoir quelle sera la langue parlée, et quelle sera la langue écrite dans le livre.

– Les personnages parlent la langue dans laquelle est écrite le livre : aucun problème ne se pose.

– Le livre est une traduction : les personnages parlent la même langue, qui n’est pas celle dans laquelle le livre est écrit. En général, cela ne pose pas de problème, sauf pour les jeux de mots implicites (Alice au pays des merveilles), les poèmes et chansons insérés dans le texte (Le seigneur des anneaux), les jeux de mots ayant une incidence sur le récit voldemort(l’anagramme sur Tom Elvis Jedusor dans Harry Potter et la chambre des secrets, en lien avec le jeu de mots dans Harry Potter et la coupe de feu). Souvent, la traducteur fait le choix, en particulier lorsque ce n’est pas un livre pour la jeunesse, de ne pas faire d’adaptation, mais une simple traduction en note de bas de page. Dans les traductions, on retrouve parfois une référence dans le livre d’origine à la langue dans lequel sera traduit le livre: des mots “en français dans le texte” par exemple. D’ordinaire, une note de bas de page le précise. Dans les fictions audiovisuelles, on choisit souvent de changer la nationalité du personnage pour qu’il n’ait pas celle du pays qui adapte l’œuvre. (Dans la VF de Lost, Danielle Rousseau n’est pas française, mais allemande).

– Les personnages parlent dans une langue étrangère. L’auteur a le choix d’écrire dans cette langue étrangère (en italique, dans ce cas) ou bien de tout traduire dans la langue du livre, en précisant dans quelle langue parle le personnage. Souvent pour quelques mots, il utilisera le premier procédé, pour de longues tirades, il emploiera le second.

L’utilisation d’autres langues dans les œuvres de fictions est très intéressant car elle montre le réalisme de l’histoire. A condition que le traitement qui leur est accordé soit pris comme une chance et non comme un handicap.

Crédit photos:
Le 13è guerrier (c) Metropolitan Filmexport
Stargate SG-1 (c) MGM
Da Vinci’s Demons (c) Starz
Harry Potter et la chambre des secrets (c) Warner Bros

4 Responses to “Le problème des langues dans les fictions

  • Hé, hé, toi aussi tu as cédé à la schizophrénie du second site!! Article intéressant et du coup un peu plus développé que ceux de cinéphile. Ma foi, ça me donnerai presque envie d’en ouvrir un troisième dans ce style.. 🙂

    • Oui, j’ai fait comme toi, mais dans le sens inverse ! Du site ciné au site plus “fourre-tout”. En tout cas, merci de ta visite !

  • Meilleure que la demoiselle du monde perdu ? Lucy (prochain film de Luc Besson (1h pour apprendre à écrire le chinois…))
    Artifice utilisé : une augmentation des capacités cérébrales.

    • Merci pour votre commentaire, Isabelle !
      Je n’ai pas vu le film (vous l’avez vu ?), mais apparemment, l’augmentation de capacités cérébrales de l’héroïne est l’élément clé du film, donc ça passe. Mais ça lui a sans doute été bien utile d’apprendre le chinois aussi rapidement !

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