De la valeur d'une œuvre et de son prix

Je me suis long­temps posé des ques­tions, et j’ai chan­gé d’avis plu­sieurs fois à ce sujet : quel posi­tion­ne­ment adop­ter quant au prix à fixer pour la copie d’une œuvre, en l’occurrence d’un livre numé­rique ?

Cela fait long­temps que j’ai renon­cé à vivre de mes écrits, d’une part parce que c’est un peu uto­piste, d’autre part parce que ce n’est pas sou­hai­table. Que ce soit en autoé­di­tion ou en édi­tion tra­di­tion­nelle. Ima­gi­nez-vous devoir écrire pour sub­sis­ter et quand bien même ne pas être cer­tain de gagner suf­fi­sam­ment pour tenir le mois. Ima­gi­nez-vous alors renon­cer à ce que vous sou­hai­tez écrire pour écrire ce que vos lec­teurs sou­haitent lire.

L’écriture est quelque chose d’accessible à tous ou presque, et nous avons tous voca­tion à exer­cer une acti­vi­té artis­tique. Dès lors, vivre de son art n’est plus envi­sa­geable. On constate aujourd’hui que l’édition n’est plus réser­vée aux mai­sons d’édition, mais que cha­cun peut publier un livre faci­le­ment, tout seul ou presque. Devant cette sur­abon­dance de la pro­duc­tion lit­té­raire, il devient de plus en plus dif­fi­cile de se faire une place dans le monde de l’auto-édition.

Des prix plus bas

Le par­ti pris de l’édition indé­pen­dante est de pro­po­ser des prix plus bas pour les livres numé­riques. Là où les mai­sons d’édition tra­di­tion­nelles posi­tionnent leurs ebooks à 10 € en moyenne, les autoé­di­tés pra­ti­que­ront des prix beau­coup plus rai­son­nables au regard du coût de pro­duc­tion : 3 € en moyenne par livre.

Et pour se démar­quer encore plus, les autoé­di­tés orga­nisent ponc­tuel­le­ment des pro­mo­tions sur leurs ouvrages numé­riques. Le week-end der­nier, j’ai cru bien faire en abais­sant le prix d’Orle­nian à 0,99 € et en com­pa­rant, le temps d’un tweet, cette somme au prix d’un café.

Je bois un café en cinq minutes. Je lis un livre en quelques semaines. J’écris un livre en plu­sieurs années, treize en ce qui concerne l’ouvrage sus-cité.

Sans vrai­ment m’en rendre compte, j’ai com­pa­ré mon livre à un café. Bien enten­du, la com­pa­rai­son por­tait uni­que­ment sur le prix et non pas sur l’objet ven­du.

Prix n'est pas valeur

Vous remar­que­rez que pour le moment je n’ai pas encore par­lé de la valeur du livre. Non, j’ai par­lé du prix. Nuance. La valeur d’un livre lui est intrin­sèque, elle ne change donc pas. Le prix, lui, peut être modi­fié. Bien sûr, en France, la loi sur le prix unique du livre impose aux libraires de vendre les livres (y com­pris numé­riques) au prix fixé par l’éditeur, mais dans le cas de l’édition indé­pen­dante, l’auteur est l’éditeur et peut déci­der de modi­fier son prix s’il le sou­haite, à condi­tion que tous ses reven­deurs appliquent effec­ti­ve­ment le chan­ge­ment de prix.

J’avais déjà évo­qué il y a quelques semaines que je ne pen­sais pas qu’il y ait de bons ou de mau­vais livres. Je pense que cette valeur que l’on donne à un livre nous est per­son­nelle. Elle sera liée à nos attentes, qui évo­luent en fonc­tion de nos goûts per­son­nels (qui peuvent chan­ger avec le temps), de nos valeurs morales, de nos exi­gences lin­guis­tiques (qui varient elles-mêmes en fonc­tion de notre connais­sance de la langue), des œuvres que nous avons déjà lues. Je ne me ris­que­rai pas à citer d’exemples.

La valeur d’un livre et son prix ont beau être deux notions dif­fé­rentes, elles sont liées dans nos esprits, qui confondent sou­vent les deux. Si un livre est si peu cher (ou gra­tuit), c’est qu’il doit être nul. Ou au contraire, un livre aus­si cher doit for­cé­ment répondre à mes attentes. Et pour­tant, ce n’est pas for­cé­ment vrai. Mais même si ce n’est pas vrai, l’effet Pyg­ma­lion pour­ra tout à fait nous don­ner une fausse repré­sen­ta­tion de la valeur du livre, comme si incons­ciem­ment on se disait il faut que cet argent ait été bien inves­ti, ce livre est donc très bon, même si en réa­li­té, il est médiocre. On peut appli­quer ce rai­son­ne­ment à plein d’autres choses. Si ce smart­phone coute si cher, j’ai l’assurance d’avoir le top du top et qu’il dure­ra long­temps.

Alors, en com­pa­rant le prix de mon livre au prix d’un café, ai-je déva­lué mon livre ? Pas for­cé­ment.

Et s'il était gratuit ?

Orle­nian a dans un pre­mier temps été publié sur Watt­pad et sur Scri­bay, de manière gra­tuite (dans une ver­sion non défi­ni­tive, mais proche de la ver­sion finale). Je crois pou­voir affir­mer sans me trom­per que j’ai obte­nu plus de lec­teurs en un mois depuis la sor­tie payante du livre qu’en un an sur les pla­te­formes d’écritures sus-citées.

Les pro­mo­tions gra­tuites existent sur Ama­zon. On peut faire le même constat : beau­coup de ventes sont géné­rées, mais les livres ache­tés par le biais de ces pro­mo­tions sont-ils lus ? On a tou­jours moins de scru­pules à ne pas lire un livre qu’on a obte­nu gra­tui­te­ment.

Et pour­tant, cela n’a pas d’impact sur sa valeur intrin­sèque.

 

2 Replies to “De la valeur d'une œuvre et de son prix”

  1. Pour­tant, au fil des années un objet peut voir sa valeur consi­dé­ra­ble­ment chu­ter ou mon­ter. Je pense qu’il fau­drait encore sépa­rer valeur mar­chande et valeur sen­ti­men­tale. Mais dans tous les cas, le prix reste à part et il est tou­jours dif­fi­cile d’estimer un prix de vente de manière objec­tive, sur­tout pour un pre­mier ouvrage.

    1. Je ne par­lais que des livres, hein, pas des objets en géné­ral. Mais si le livre est en ver­sion papier, alors c’est aus­si un objet maté­riel, qui peut effec­ti­ve­ment avoir une valeur mar­chande (sur­tout pour les livres rares), qui n’est pas for­cé­ment liée à la valeur de son conte­nu. En fait, je crois qu’il faut dis­tin­guer le livre-objet et le livre-texte.
      En ce qui me concerne, pour fixer le prix d’Orlenian, j’ai regar­dé les prix pra­ti­qués ailleurs et pris en compte le nombre de pages.

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