[Critique] Indiana Jones Jr (Bibliothèque verte)

IndianaJonesAndTheLostGoldOfDurangoTrès souvent, les livres dérivés d’œuvres cinématographiques ou télévisées sont plutôt mauvais. Les romans Indiana Jones échappent-ils à la règle ?

Les romans jeunesse, publiés en France par Hachette dans la collection Bibliothèque verte, et aux États-Unis (sauf les romans français) chez Random, résultent d’une commande. L’auteur exécute un travail demandé par l’éditeur, les collaborateurs font de même. Il s’agit d’un travail motivé par l’argent facile, destiné à surfer sur le succès d’une franchise populaire.

Les romans jeunesse Indiana Jones marquent l’échec de l’association traditionnelle auteurs / éditeur / collaborateurs. Ici, le rôle de l’éditeur est réduit à celui d’intermédiaire administratif entre Lucasfilm et les auteurs, il n’y a aucun travail de direction artistique. On aurait pu penser que son devoir était de veiller à la cohérence entre tous ces romans. Chez Lucasfilm, il existe en bien un “gardien” de l’Indycron, la chronologie Indiana Jones, tout comme pour Star Wars, mais là encore, c’est un travail bâclé.

Une cohérence mise à mal

On ne pourra pas relever toutes les incohérences entre les romans, ou bien entre les romans et la série, on se contentera d’en donner quelques exemples.

IndianaJonesJrEtLeViolonDuMetropolitanMais avant tout, commençons pas pointer du doigt le titre français de la série de romans : “Indiana Jones Jr”. Ce titre n’a aucun sens : il n’existe pas de Indiana Jones Sr ! Le mieux aurait été de traduire le titre original en “Le jeune Indiana Jones”.

Rappelons à ce propos qu’Indiana est le nom du chien de la famille, et que Henry Jones a choisi ce sobriquet pour lui rendre hommage alors qu’il lui avait sauvé la vie face à un serpent. Certains des romans affirment que ce chien est même mort dans ce moment de bravoure, alors qu’il est encore vivant en mars 1916 dans la série télévisée. On retrouve le même type d’incohérence avec Miss Seymour : vivante dans la série en 1910, vivante dans les romans en 1912, puis décédée dans les romans en 1914, puis de nouveau vivante dans la série en 1916, avant de mourir dans la série en 1918.

Le chapeau d’Indiana Jones peut aussi faire l’objet de débats. Le film Indiana Jones et la dernière croisade laissait entendre qu’avant 1912, point de Fedora. Et pourtant les romans jeunesse l’affublent tout de même d’un chapeau, qu’ils nomment “Stetson”, avant et après 1912.

D’une manière générale, on peut noter le manque de cohérence chronologique qui se traduit parfois par des références à des histoires postérieures (mais écrites avant). Les références aux autres œuvres sont toujours les bienvenues, à condition qu’elles soient exactes.

On notera le changement profond de personnalité de Miss Helen Seymour : celle-ci semble beaucoup moins sévère et plus ennuyeuse. Elle n’utilise plus le prénom d’Henry pour appeler notre héros, lui préférant son surnom d’Indiana. En outre, dans la version française des livres, elle le tutoie, alors qu’elle le vouvoyait dans la série télé. Enfin, chose très surprenante, les auteurs ont décidé de la faire parler en lui faisant allonger la plupart des syllabes.

Un manque de professionnalisme (ou pourquoi un éditeur n’est peut-être pas si indispensable)

Le manque de professionnalisme de l’équipe d’édition se traduit aussi autrement. On remarquera quelques problèmes d’orthotypographie. Les majuscules ne sont pas accentuées, mais pas partout puisque le prénom Élyse (dans Indiana Jones Jr aux portes des enfers) bénéficie d’un accent aigu.

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On a oublié d’enlever l’attribut “italique” au bon moment, apparemment… (Indiana Jones et la montagne de feu, p. 51)

Enfin, je vous laisse apprécier ce dessin d’Eric Juszezak, réalisé pour illustrer une canne à tête de Méduse (dans Indiana Jones Jr aux portes des enfers). Précisons que l’histoire se passe en Grèce et traite de mythologie grecque. Précisons aussi que ladite canne est décrite dans le roman et n’a évidemment rien à voir avec celle-ci.

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Oui, c’est bien une méduse ! (Illustration d’Erik Juszezak pour Indiana Jones aux portes des enfers, p. 55)

 

Dans la lignée de la série télévisée

C’est le point fort de ces romans : ils invitent à se documenter sur la période historique traitée. Quasiment la totalité d’entre eux abondent de références historiques (exactes, cette fois-ci). On sent que le travail de recherche des auteurs est entièrement passé dans ces rappels à l’Histoire.

Pour autant, l’ambiance des films est elle aussi présente. On y retrouvera donc un rythme mouvementé. Toutefois, les histoires sont assez courtes et les méchants manquent malheureusement de profondeur.

 

 

 

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