Autoédition : 10 erreurs éditoriales à ne pas commettre

Régu­liè­re­ment (trop régu­liè­re­ment), je vois des erreurs dans l’édition de cer­tains ouvrages autoé­di­tés. Des erreurs qui ont ten­dance à mon­trer que les autoé­di­tés n’ont pas toutes les com­pé­tences néces­saires pour édi­ter leur livre. Je ne parle pas des erreurs d’orthographe ou de syn­taxe (même s’il y en a par­fois), mais bien d’erreurs d’ordre édi­to­rial.

C’est en par­tie ce genre d’erreurs qui nuit à l’image de l’autoédition. Dans cet article, je vais en lis­ter quelques unes, cap­tures d’écran à l’appui, et expli­quer à chaque fois pour­quoi il s’agit bien d’une erreur.

Trop sou­vent, ces erreurs sont dues à une volon­té de copier l’édition tra­di­tion­nelle, sans se poser de ques­tions sur le sens. Dans le meilleur des cas, cela peut faire s’étonner le lec­teur, dans d’autres, cela peut nuire à l’esthétique, voire la com­pré­hen­sion du texte.

Il est hors de ques­tion de mon­trer du doigt ceux qui ont com­mis ces erreurs, c’est pour­quoi cer­taines cap­tures d’écran seront en par­tie flou­tées. Si mal­gré tout vous vous recon­nais­siez, ne soyez pas vexés et cor­ri­gez-vous… ou dites moi dans les com­men­taires que vous n’êtes pas d’accord, je serai ravi d’en débattre.

En français, s’il vous plaît

Si tous les droits sont réser­vés sur le livre, pour­quoi affi­cher cette affir­ma­tion en anglais ? Si l’on veut être com­pris, mieux vaut rédi­ger dans la langue du lec­teur, l’anglais ne se jus­ti­fie nul­le­ment ici.

Cette cap­ture d’écran montre éga­le­ment une autre erreur : on voit 2 ISBN stric­te­ment iden­tiques appa­raître sur cette page, l’un avec tirets, l’autre sans. On se demande bien pour­quoi. Mais je crois savoir ce qui s’est pas­sé dans la tête de l’auteur ici. Il y a quelques années (et par­fois encore aujourd’hui), on affi­chait deux ver­sions de l’ISBN : l’ISBN clas­sique (ou ISBN-10) et l’ISBN-13. Avant 2007, les ISBN ne com­por­taient que 10 chiffres. Jusqu’à ce qu’il y ait pénu­rie d’ISBN. Les règles ont donc chan­gé pour per­mettre d’attribuer des numé­ros aux nou­veaux livres : les ISBN auraient désor­mais 13 chiffres, qui allaient cor­res­pondre à l’EAN, c’est-à-dire le code-barres situé en qua­trième de cou­ver­ture. Aujourd’hui, la dif­fé­rence entre l’ISBN et l’EAN, c’est juste une his­toire de tirets : le pre­mier en a, le second en est dépour­vu.

On n’oublie pas d’accentuer !

 

On salue­ra le fait que dans la pre­mière ligne, le “U” de “” est accen­tué, mais on déplo­re­ra l’absence de cet accent sur le “A” dans la troi­sième ligne.

Paresse, quand tu nous tiens

S’ils ont été réa­li­sés cor­rec­te­ment, les livres papier et les livres numé­riques sont dif­fé­rents dans leur struc­ture. Puisqu’il s’agit de fichiers dif­fé­rents, com­ment expli­quer que l’on retrouve l’ISBN du for­mat papier dans la ver­sion numé­rique. On par­donne la pré­sence des deux ISBN numé­riques, dans la mesure où cette fois-ci, le fichier MOBI a été géné­ré suite à une conver­sion de l’EPUB (enfin, je l’espère). C’est un peu comme si l’on retrou­vait un ache­vé d’imprimer sur un livre numé­rique (et cela s’est déjà vu, et pas chez un autoé­di­té !).

Orthotypographie négligée

Que vient donc faire ce point d’interrogation en début de ligne ? C’est une espace insé­cable qui était atten­due entre le mot “indé­pen­dant” et le point d’interrogation.

Plagiat or not plagiat ?

Il faut quand même avoir un sacré culot pour faire une telle chose. L’auteur de la copie a du vou­loir s’inspirer (enten­dez “pla­gier”) d’un pas­sage pré­sent dans un autre livre, avant de fina­le­ment effec­tuer des copier-col­ler de plu­sieurs para­graphes. L’auteur de la copie n’a mani­fes­te­ment même pas relu cette par­tie : il a lais­sé un tiret au milieu du mot recom­man­da­tion (qui ne se jus­ti­fie aucu­ne­ment dans un livre numé­rique, la césure étant auto­ma­tique), carac­té­ris­tique des copier-col­ler.

Justifiante ou insécable ?

Si vous avez le regard acé­ré, vous remar­que­rez que les espaces situées après les tirets de dia­logue n’ont pas tou­jours la même taille. Et pour cause : il s’agit ici d’espaces jus­ti­fiantes, obte­nues pas la simple pres­sion de la barre “Espace”. L’usage veut que l’on mette ici des espaces insé­cables, qui auront tou­jours la même taille et ren­dront le dia­logue plus élé­gant, et plus lisible.

Guillemets français, anglais…

Dans les livres écrits en fran­çais, l’usage veut que l’on uti­lise des guille­mets dits “fran­çais”, c’est-à-dire en forme de che­vrons.

Guillemets ou italique ?

Le pas­sage en ita­lique relate un rêve. Les guille­mets ne se jus­ti­fient pas ici. Il est assez rare que l’on ait besoin à la fois de l’italique et des guille­mets. Les guille­mets servent à rap­por­ter ou citer un dis­cours (écrit ou oral), éven­tuel­le­ment à indi­quer que le mot ou l’expression n’est pas à prendre au sens habi­tuel. Nous ne sommes dans aucun de ces cas ici.

Ne lis pas mon livre !

C’est dom­mage de ne pas avoir le droit d’utiliser un guide. Il me sem­blait que c’était son but pre­mier.

Pourquoi tant de majuscules ?

Des lettres capi­tales là où il n’en faut pas puisque les mots “romans”, “pro­pos”, “auteur” et “légales” n’ont pas besoin de majus­cule ici.

 

Je me suis arrê­té à dix, mais j’aurais pu conti­nuer long­temps. Je n’ai eu besoin d’ouvrir que trois livres pour lis­ter tout cela…

 

Si vous pen­sez que vous auriez tom­ber dans cer­tains des pièges évo­qués dans cet article, alors mon guide sur l’autoédition pour­rait bien être pour vous. Vous trou­ve­rez toutes les réponses à vos ques­tions et com­pren­drez com­ment réa­li­ser des publi­ca­tions de qua­li­té.

10 Replies to “Autoédition : 10 erreurs éditoriales à ne pas commettre”

  1. J’allais jus­te­ment t’envoyer un mail pour te deman­der tes conseils en la matière, puisque tu en par­lais sur Twit­ter.

    Ouf ! J’échappe aux tra­vers qui me semblent les plus rédhi­bi­toires. En revanche, j’avoue n’avoir jamais fait atten­tion à l’insécabilité des espaces. Il va fal­loir que je me ren­seigne.

    1. Com­ment ! Tu ne fais pas atten­tion aux espaces insé­cables ? 😀
      C’est à mon avis encore plus impor­tant en numé­rique que sur papier, car au moins, sur papier, il suf­fit de se relire pour se rendre compte de l’erreur tan­dis qu’en numé­rique, on ne pour­ra jamais savoir com­ment cela s’affichera sur l’écran du lec­teur.
      Si tu creuses le sujet, tu ver­ras qu’on dis­tingue bien plus que 2 types d’espaces…

  2. Deux com­men­taires : l’espace insé­cable n’est pas de taille fixe, contrai­re­ment à ce que tu écris. Tu dois confondre avec l’espace fine… Per­son­nel­le­ment, j’utilise des espaces insé­cables après les tirets de dia­logue, et leur taille est variable sur l’écran d’une liseuse (puisque je jus­ti­fie par ailleurs mes para­graphes).

    Quant au fait d’indiquer les ISBN de tous les for­mats dans le même livre, quel est le pro­blème ? C’est quelque chose que j’ai vu faire par des édi­teurs tra­di­tion­nels à compte d’éditeur (notam­ment dans les pages limi­naires du livre papier).

    Je trouve inté­res­sant de par­ler de ces choses, mais j’ai tou­jours un peu de mal avec les points de vue qui se pré­sentent comme “le bon”, parce que c’est nier qu’il y a plu­sieurs écoles, et que beau­coup de règles que nous repro­dui­sons sont en réa­li­té arbi­traires (il n’y a donc pas à les sacra­li­ser).

    Per­son­nel­le­ment, je men­tion­ne­rai comme pro­blèmes fré­quents : les majus­cules dans les titres. Par exemple, Blaise Jour­dan écrit “Les der­nières cendres”, mais, selon les règles fran­çaises, ça devrait prendre deux majus­cules (Les Der­nières Cendres). Idem pour “Le déni du Maître-Sève” de Sté­phane Arnier, qui aurait besoin d’un D majus­cule à Déni. Pour­tant, ce sont des auteurs qui font du bon bou­lot ; je peux sou­li­gner cette erreur et affir­mer dans un même souffle que je m’en contre­fous (et si c’est ça qui détourne cer­tain-e-s de l’autoédition, le vrai pro­blème n’est pas où l’on pense…).

    D’une manière géné­rale, les majus­cules sont un casse-tête en fran­çais (même s’il est bon de rete­nir que le bon goût veut qu’on en uti­lise plu­tôt moins que trop).

    Il y a aus­si le fait d’utiliser les deux gra­phies de tirets (cadra­tins et demi-cadra­tins) dans un même texte, ce qui est une fan­tai­sie typo­gra­phique sans fon­de­ment en fran­çais, mais qui a été popu­la­ri­sée par cer­tains soi-disant guides de style.

    Et dans le lien sur la typo­gra­phie, il y a une erreur : ce n’est pas vrai qu’au Qué­bec, en tout cas, nous ne met­tons pas d’espace avant les ; ! et ?. Les règles typo­gra­phiques sont les mêmes : espace fine insé­cable avant. En revanche, dans les situa­tions (comme ici, ce com­men­taire) où l’espace fine n’existe pas, il est effec­ti­ve­ment recom­man­dé de rem­pla­cer l’espace fine par rien du tout, plu­tôt que par une espace jus­ti­fiante (qui risque de pro­duire le ; ! ou ? dis­gra­cieux en début de ligne).

    1. Mer­ci, Jeanne, pour ce double com­men­taire 😉
      Concer­nant les espaces insé­cables, je fais comme toi et j’obtiens un résul­tat dif­fé­rent : chez moi, mes espaces insé­cables ( ) ont tou­jours la même taille, que ce soit sur liseuse ou sur Word. Par ailleurs, j’ai eu beau cher­cher, je n’ai pas trou­vé de source m’indiquant que l’espace insé­cable pou­vait être jus­ti­fiante, sans sur cer­tains logi­ciels de PAO avan­cés (mais j’imagine qu’il ne s’agit plus du   dans ce cas). Peut-être uti­lises-tu l’un de ces logi­ciels ? Ou alors, tu as une liseuse qui ne prend pas en compte les espaces insé­cables (ou qui les inter­prète mal ?)

      Concer­nant le fait d’indiquer tous les ISBN dans le même livre, ce qui me gêne, c’est cette impres­sion que c’est le même fichier qui a ser­vi à la fois pour la ver­sion numé­rique et pour la ver­sion papier. J’aurai pu citer un autre exemple, que l’on aper­çoit deux cap­tures d’écran plus loin : “pour la ver­sion papier, la plu­part des liens hyper­textes sont volon­tai­re­ment expli­cites” (cette phrase se trou­vant dans un livre numé­rique).

      Concer­nant les majus­cules dans les titres, je n’ai pas sou­le­vé ces “erreurs”, car comme toi, je m’en “contre­fous”. Pour moi, ça ne gêne pas la lec­ture et ce n’est pas une faute d’orthographe. C’est juste un usage plus ou moins sui­vi. En voi­là une de règle arbi­traire à ne pas sacra­li­ser !

      Mer­ci pour cette pré­ci­sion sur les règles qué­bé­coises, je ne savais pas.

  3. À pro­pos de “paresse, quand tu nous tiens” (ISBN)…
    Le fait est qu’il est conseillé d’utiliser un numé­ro ISBN dif­fé­rent pour chaque ver­sion de son livre, en ce com­pris pour chaque for­mat numé­rique dif­fé­rent (mobi, epub, …). Recom­man­da­tion de l’AFNIL qui dis­tri­bue les numé­ros en fran­co­pho­nie. Ceci n’explique certes pas la pré­sence des trois numé­ros sur tous les docu­ments, mais si l’on conver­tit son ebook à par­tir d’un .doc dans les dif­fé­rents for­mats, cela se com­prend, qui plus est si on uti­lise par exemple le conver­tis­seur auto­ma­tique de Sma­sh­words.

    1. Mer­ci pour ta remarque.
      Je vais redire ce que j’ai dit à Jeanne plus haut (mais que tu n’as pas pu voir quand tu as pos­té ton com­men­taire) :
      ce qui me gêne, c’est cette impres­sion que c’est le même fichier qui a ser­vi à la fois pour la ver­sion numé­rique et pour la ver­sion papier. J’aurai pu citer un autre exemple, que l’on aper­çoit deux cap­tures d’écran plus loin : “pour la ver­sion papier, la plu­part des liens hyper­textes sont volon­tai­re­ment expli­cites” (cette phrase se trou­vant dans un livre numé­rique).
      Donc, pour moi, il n’y a pas d’inconvénient à pla­cer des ISBN des dif­fé­rentes ver­sions numé­riques sur l’ebook, et les ISBN des dif­fé­rentes ver­sions papier sur le livre papier.

  4. Bon­jour,

    Concer­nant les espaces insé­cables, je laisse mon cor­rec­teur gram­ma­ti­cal (gram­ma­lecte) les gérer. Il est nul point de vue gram­maire, mais le module typo­gra­phique est assez effi­cace. Il cor­rige tout : espace insé­cable, qua­dra­tin, apos­trophe, etc.

    Pour les dif­fé­rentes ver­sions, les docu­ments maîtres de LibreOf­fice per­mettent de créer un fichier dif­fé­rent par type de sup­port, tout en per­met­tant qu’une cor­rec­tion dans un fichier sera pro­pa­gée dans tous les autres.

    Les majus­cules sont une source inta­ris­sable de dis­cus­sion. L’usage dans les titres que j’ai trou­vé dans les ouvrages de réfé­rences indique que seul le pre­mier la mot prend et que la majus­cule sur chaque mot est l’usage anglais.

    1. Bon­jour Laurent,

      Mer­ci pour ton com­men­taire. Je dois avouer que je laisse aus­si mon cor­rec­teur gram­ma­ti­cal (Anti­dote) gérer la ques­tion des espaces, sur­tout si elles doivent être fines, même si je me force à essayer de le faire manuel­le­ment en amont.

      Pour les majus­cules, il y a des excep­tions à la règle que tu cites : notam­ment, selon la nature du pre­mier mot du titre, cela peut chan­ger. Mais on rentre là dans des dis­cus­sions de puristes extré­mistes 😉

      N’utilisant pas LibreOf­fice, je ne connais­sais pas le prin­cipe des docu­ments maitres. C’est inté­res­sant ! Tou­te­fois, l’utilisation d’un logi­ciel de trai­te­ment de texte pour créer un livre numé­rique me semble hasar­deux, voire ris­qué.

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