Auteurs indés : comment Amazon vous abuse, et comment vous pouvez abuser Amazon

Amazon, le géant du e-commerce s’est hissé en pionnier de l’édition indépendante en proposant aux auteurs autoédités de vendre leurs livres tout en leur laissant un pourcentage important, que ce soit au format numérique ou au format papier.

Enfin, ça, c’est ce qu’Amazon veut nous faire croire.

Bien sûr, pour la version numérique, Amazon reverse 70% du prix de vente à l’auteur, pour chaque vente. Mais on oublie souvent de préciser que ces 70% concernent le prix hors taxes et qu’il faut en retrancher les “frais de livraison” (si, si !), qui dépendent de la taille du livre. On arrive alors en deçà des 70% initialement annoncés.

Le score reste honorable, mais reste bien en dessous de ce que la vente directe, sur son propre site, peut rapporter. Malheureusement, Amazon offre une visibilité bien supérieure que votre site. Ce n’est donc pas (encore) là dessus que vous pourrez doubler Amazon.

Le contournement des règles d’Amazon passe en fait par l’offre papier.

Amazon propose l’impression à la demande via sa filiale CreateSpace, société basée en Californie et acquise en 2005 par le site marchand. Le principe de l’impression à la demande chez Amazon, est, comme chacun sait, de vendre ses livres directement via le site marchand, qui seront alors imprimés pour l’occasion, et ainsi éviter les stocks. Celui qui achète un livre par ce biais ne saura probablement pas qu’il s’agit d’un livre imprimé en un seul exemplaire à son attention. Comme d’habitude, il paiera 1 centime pour les frais de livraison.

L’auteur indé souhaitera toutefois se constituer un petit stock, pour les salons ou pour ses proches. CreateSpace propose aux auteurs de commander leurs propres exemplaires à prix coutant, sans marge. Les prix proposés sont effectivement inférieurs à ceux que l’on peut indiquer lorsqu’on le propose à la vente sur Amazon. Toutefois, CreateSpace ajoute des frais de livraison prohibitifs (un comble pour une filiale d’Amazon !) et des délais qui le sont tout autant. Acheter plusieurs livres à la fois feront augmenter ces frais d’envois, qui seront alors légèrement atténués par la masse. Mais une autre mauvaise surprise vous attend : lors de la livraison de votre colis, vous devrez sans doute payer des frais de douane puisqu’il s’agit d’un produit importé des États-Unis.

Il y a pourtant un moyen tout simple pour vous éviter tous ces désagréments et vous faire économiser beaucoup d’argent. Plutôt que d’acheter vos propres livres sur CreateSpace, achetez-les sur Amazon. Non pas au prix éditeur, mais au prix plancher que propose CreateSpace. Les frais de livraison seront de 0,01 €, et il n’y aura pas de frais de douane puisque les livres seront imprimés dans l’Union européenne.

Mais, me direz-vous, comment proposer à la fois son livre à prix éditeur sur Amazon, et à soi-même à prix réduit ? La réponse&nbsp!;: vous devrez faire vite. Modifiez le prix de votre ouvrage depuis CreateSpace. Attendez une à deux heures, le temps que la mise à jour s’effectue. Sur Amazon, achetez votre livre dans le nombre d’exemplaires désiré. Revenez immédiatement sur CreateSpace et redonnez à votre livre son prix d’origine. Ni vu ni connu.

Quelques heures plus tard, vous aurez une agréable surprise dans votre tableau de bord CreateSpace : les royalties que vous toucherez par rapport à votre propre achat ne correspondront pas au prix réduit, mais bien au prix classique. La faute au délai de mise à jour sans doute. Votre livre vous reviendra ainsi encore à moins cher.


Vous étiez-vous déjà aperçu de cette faille dans le système d’Amazon ?

À venir : une autre astuce sur CreateSpace. Stay tuned !

Crédit photos : CC0 Alexa_fotos

8 réponses to “Auteurs indés : comment Amazon vous abuse, et comment vous pouvez abuser Amazon

  • C’est quand même dingue de devoir faire ça pour s’en sortir à moindre coût. Mais est-ce que nos propres ventes impactent le classement des ventes ? Je me le suis toujours demandé.

    • Très bonne question. Je suppose que oui, mais je n’en suis pas sûr, car je n’ai jamais vérifié (car j’ai l’impression qu’il est plus facile d’atteindre des scores satisfaisant en ebook qu’en papier, c’est pourquoi je ne surveille pas ce chiffre).

  • Bonjour Jêrome, j’ai déjà utilisé cette astuce, une fois car j’étais dans l’urgence et je ne voulais pas payer les frais de port en express depuis les États-Unis. Mais, il y a l’envers de la chose. Parce qu’il y a une conséquence. D’autres acheteurs seront informés (les professionnels de la disount), achetront ton livre à ce bas prix et le mettront aussitôt en vente sur Amazon. C’est ce qui m’est arrivé, car il est difficile de contrôler le timing, il se passe suffisemment de temps entre la baisse du prix sur createspace et celle sur Amazon. Le mieux si tu fais des salons est de travailler avec un imprimeur européen qui fait des prix compétitifs et commander en avance. Pour repondre @ Denis oui, cela impact le classement si tu les achètes sur Amazon. 😉 Bonne continuation.

    • Merci pour ton commentaire, Chris.
      Tu mets le doigt sur quelque chose que j’ignorais. J’avais bien sûr envisagé le fait qu’il était possible pour un lecteur lambda de tomber sur la page au bon moment et d’acheter le livre au bas prix, mais la fenêtre d’achat est quand même assez réduite (2 h maxi il me semble). Ou alors, effectuer cette démarche en pleine nuit, en espérant que tout le monde dormira ?

    • Bien d’accord avec Chris Simon, il faut imprimer local. Et toc dans le jardin d’Amazon pas amazing

  • Attention, c’est une solution de “dépannage” uniquement car modifier le prix de son livre papier est illégal en France. Et si vous avez le même compte “client” et “auteur” sur Amazon, vos propres achats n’influencent pas les chiffres des ventes.
    Pour ma part, je trouve que les frais de port ne sont pas si exorbitants que ça sur CreateSpace : j’achète des cartons de 50 livres et ça me rajoute uniquement quelques centimes par livre même en prenant la formule la plus chère (et en comptant environ 10-20€ de frais de douane).

    • Je me suis interrogé sur l’illégalité de la modification du prix du livre, et je me suis rendu compte que cette loi sur le prix unique du livre avait été créée pour ne pas léser les libraires vis à vis des grossistes qui effectueraient des réductions trop importantes. Les seules personnes habilitées à se plaindre à ce sujet sont les professionnels du livre (https://www.service-public.fr/professionnels-entreprises/vosdroits/F22713). Donc pas sûr qu’on est vraiment concernés dans ce cas.
      Oui, c’est vrai que pour les grosses commandes, les frais de port s’amortissent (mais perso je suis encore loin des commandes à 50 exemplaires ^^).
      Pour info, la loi sur le prix unique du livre s’applique aussi pour les livres numériques et pas que les livres papier (depuis janvier 2017) http://www.sne.fr/enjeux/prix-unique-du-livre/

  • Comme l’a dit Nathalie, les frais de port ne sont pas si exhorbitants puisque le paquet vient quand même des USA (quand on pense qu’il en coute 5 ou 6 euros pour envoyer un manuscrit de 200 pages à Paris!) et Amazon n’est pas responsable des frais de douanes (qui d’ailleurs ne sont pas systématiques).
    En revanche la seule chose génante avec le systéme des livres papiers qu’on peut acheter désormais directement sur Amazon est effectivement cette impossibilité d’acheter à prix coûtant comme c’était possible de faire sur Createspace. C’est assez étrange puisque ces deux entreprises étaient partenaires.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *